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Est de la Rdc: Une énième incursion rwandaise qui suscite plusieurs questions

Des militaires de Rwandan defence forces (RDF) ont été arrêtés le matin de ce lundi 18 octobre 2021 par les autorités congolaises au groupement Buhumba, en territoire de Nyiragongo  dans la province du Nord-Kivu, frontalière du Rwanda. Ces soldats ont frauduleusement traversé la frontière congolaise pour poursuivre de petits commerçants congolais qui étaient entrés illégalement dans  le territoire Rwandais. Comment expliquer des tirs à l’arme lourde qui ont paniqué inutilement la population ? Si la Rdc et le Rwanda ont des bonnes relations, pourquoi ne pas résoudre tout différend par voie diplomatique ? Qu’en pense le Gouvernement congolais, lui ne s’est pas exprimé jusque-là ?

Des informations supplémentaires indiquent que deux éléments de Rwandan Defence Forces (RDF) ont poursuivi des civils congolais qui avaient traversé frauduleusement la frontière Congo-Rwanda. Ils ont été arrêtés par des FARDC. Alertés, d’autres soldats des RDF ont franchi la frontière pour réclamer les leurs. C’est au cours d’une discussion entre les éléments des deux armées qu'un échange de tirs s’en est suivi. Les tirs ont cessé aux environs de 10h30 et les RDF ont finalement réussi à récupérer leurs soldats et regagner leur position au Rwanda près de la frontière.

Pendant que Vincent Karega parle d’incidents mineurs,  le Lieutenant-Colonel Ndjike Kaiko Guillaume parle d'une incursion non justifiée et annonce la saisine des instances sous régionales pour que le Rwanda s'explique.  La réaction des autorités congolaises s’explique par le fait que l’armée rwandaise n’est pas à sa première implication dans l’insécurité en République démocratique du Congo.  L’on peut évoquer la guerre de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération) en 1996 ; la rébellion du  RCD/Goma en 1998 ;  massacre de Kisangani en 2002  lorsque les armées régulières du Rwanda et de l’Ouganda se sont affrontées dans la ville de Kisangani pour le contrôle des richesses du Congo;  la prise de Bukavu par Laurent Nkunda et Jules Mutebuzi en 2004 ; le massacre de Kiwanja en 2006 ; la guerre des M23 en 2012, sans oublier la présence en 2014 des migrants rwandais à Beni  qui a déclenché le début des atrocités, massacres et la boucherie humaine des ADF/Nalu. Et il n’est pas superflu de parler de la ballade en 2018 des vaches venues du Rwanda au Bandundu. Le commandant de la 34ème région militaire FARDC est présentement dans la zone pour s’enquérir de la situation.

 

Quid des relations fraternelles depuis l’avènement du nouveau régime ?

Le Colonel Malosa Mboma a indiqué que des tractations sont en cours pour déterminer le sort de ces éléments pendant que l'autorité territoriale expliquait qu’« Il y a eu une incompréhension administrative. Il y a des vendeurs à la sauvette qui proviennent du Congo, qui étaient entrés au Rwanda. Les militaires rwandais les ont pourchassés jusque chez nous. De notre part, il y a eu quelques arrestations. Nous sommes en train de négocier pour retourner ces militaires rwandais chez eux ».

La porosité des frontières congolaises au Nord-Kivu a toujours favorisé des incursions non contrôlées des éléments étrangers, dont les Rwandais en situation irrégulière. D'ailleurs, dans la nuit du mardi 12 au mercredi 13 octobre dernier, 6 Rwandais ont été interpellés lors d'un bouclage en ville de Goma. Deux semaines avant, 37 autres l'ont été dans le village de Rusayo, dans le Nyiragongo.

« La partie congolaise n’en a pas fait un drame, mais pourquoi la présence des commerçants illégaux hérisse les militaires rwandais ? N’est-ce pas que ce peuple a du mépris à la personne du  congolais ? », se plaint un habitant de Nyiragongo qui n’arrive pas à concilier les déclarations des officiels aux réalités sur terrain.

On se souviendra que les autorités rwandaises comme la partie congolaise ne cessent de se féliciter de l’amélioration des relations de bon voisinage entre les deux pays. Il y a moins d’une semaine, lors de la visite de l’ambassadeur rwandais à Goma, Vincent Karega avait parlé d’une visite de courtoisie pour renforcer les relations diplomatiques entre les deux pays et particulièrement entre le Nord-Kivu et Rubavu : « La volonté politique de part est d’autre est de consolider les relations, de travailler ensemble pour la paix et le développement sur le format gagnant-gagnant, coopération Sud-Sud au plus haut niveau ».

Mais ce discours s’éloigne beaucoup des faits vécus. Il sied de noter que les tirs provoqués par cet incident ont créé une tension dans au moins 3 villages du groupement Buhumba, en territoire de Nyiragongo. Cet accrochage ponctué de tirs des 2 armées a terrifié les civils dans la contrée, bien que la situation se soit vite stabilisée.

Les habitants ont crié à l'envahissement de la République démocratique du Congo par l'armée rwandaise. « Les éléments qui ont fait incursion à Kibumba sont bien connus et identifiés. Ce sont des éléments de la RDF. Ils sont arrivés jusqu'à 200 mètres de la route nationale n°2. C'est après l'arrivée des FARDC qu'ils ont rebroussé chemin. Nous sommes tous membres de la structure mécanisme conjoint de vérification élargi. Ce mécanisme sera saisi incessamment », a annoncé le Lieutenant-Colonel Ndjike Kaiko Guillaume.

Voisin direct au Rwanda, le Nord-Kivu enregistre régulièrement la présence des sujets rwandais en situation irrégulière sur son sol. La fraude minière entretenue par des clandestins est également souvent décriée entre les deux États. Du côté du Rwanda, on nie toute volonté d’agresser le Congo. On évoque plutôt une incompréhension mineure, qui aurait été vite réglée.



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